12 septembre 1914 : la victoire de la Marne - Presse RetroNews-BnF

12 septembre 1914 : la victoire de la Marne

Publié le 12/09/2017
Auteur: 
Julie Duruflé
"On ne passe pas ! 1914-1918. Par deux fois j'ai tenu et vaincu sur la Marne" : Maurice Neumont 1917 - Source Gallica BnF


1914, les troupes françaises sont contraintes de reculer face à l'offensive allemande à la frontière Nord-Est. Le 6 septembre, l'armée repliée le long de la Marne tente d'arrêter la progression ennemie.

13 septembre, Le Petit Journal :

"Au moment où s'engage une bataille dont dépend le salut du pays, il importe de rappeler à tous que le moment n'est plus de regarder en arrière ; tous les efforts doivent être employés à attaquer et refouler l'ennemi. Une troupe qui ne peut plus avancer devra, coûte que coûte, garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plutôt que de reculer."

Au lendemain de la bataille de la Marne, Le Petit Journal publie l'ordre du jour communiqué aux troupes une semaine plus tôt par le commandant en chef des armées, le général Joffre. Ce sont ces mots qui annoncent l'offensive française pour arrêter la progression allemande après 10 jours de retraite, et alors que l'ennemi est à quelques dizaines de kilomètres de la capitale. Le 6 septembre, avec cette déclaration, débute la bataille de la Marne.

Le 9 septembre, les informations commencent à parvenir à la presse. Le Matin se fait l'écho "d'une bataille sur la Marne" au travers d'un "récit coloré" publié initialement dans le New York Herald :

"La banlieue parisienne [...] a entendu hier tonner, dans le lointain, le canon. [...] Des témoins ont rapporté, sur les combats d'hier, de magnifiques récits de l'action efficace des alliés. L'un d'eux racontait la défense victorieuse du passage de la Marne en un certain point contre les Allemands. Ceux-ci s'étaient fortement retranchés, mais leur infanterie dut plier sous le choc de l'assaut enragé des troupes françaises."

Le même texte est repris dans La Petite Gironde du 9, qui poursuit :

"Les batteries allemandes sont cachées dans un bois qui domine la position, mais des batteries françaises placées non loin sur l'autre rive de la Marne ripostent vaillamment dès que la voix des batteries ennemies s'est fait entendre. Les Allemands doivent reculer vers l'est, cependant que la cavalerie française se groupe sur leurs derrières."

Enfin, l'ennemi recule. À partir du 9 septembre, la presse peut annoncer des nouvelles encourageantes : "vigoureuse offensive de nos troupes [...]. Les Allemands ont reculé de 40 kilomètres" à la une de L'Action française du 10 septembre ; "nouveaux succès sur la Marne" dans Le Gaulois du même jour. Le 11 septembre, le même journal écrit que "le recul des Allemands s'accentue : encore une bonne journée", et Le Temps titre "Confiance !" face à  la progression française au-delà de la Marne. Les informations émanent désormais du ministère de la Guerre qui déclare que "l'autorité militaire française s'est attachée à ne donner que des nouvelles exactes" à la presse sur l'évolution des combats.

Le 13, les journaux font leurs unes sur la fin victorieuse de la bataille. "La bataille de la Marne s'est terminée par la victoire des armées anglo-françaises" titre Le Petit journal. Tout simplement "Victoire française" à la une de La Gazette de Château-Gontier. Cette victoire, qui se dessinait dès les premiers jours de la bataille, est finalement énoncée clairement ; Le Petit Parisien insiste et encense les généraux de l'armée française dans un article sur "la victoire..." :

"Cette fois, sans apparence de forfanterie ou d'exagération, nous pouvons prononcer ce mot qui, depuis hier, à travers toute la France, fait tant battre les cœurs. Il n'était point dans les premiers communiqués officiels, mais, à chaque phrase, on le devinait, sous-entendu, prêt à bondir, et retenu avec une constante pudeur par la volonté des chefs qui ne voulaient pas à eux-mêmes se décerner le laurier.
Ils disaient avec une humilité d'une rare grandeur
 : "la bataille de la Marne", et cela était très beau. Le public, qui les a compris a dit, lui, tout de suite : "la victoire de la Marne", et il était dans la vérité."

Et les rapports se multiplient sur les affrontements et sur la ténacité des troupes : celui du général britannique French dans Le Gaulois du 15 septembre revient sur le déroulé, étape par étape, de la bataille ; ou bien ce "curieux rapport" d'un aviateur qui survolait la déroute allemande :

"Le spectacle était curieux de ces colonnes innombrables, se déroulant comme un ruban grisâtre à travers les plaines, avec une rapidité étonnante ; les unes fuyant vers le Nord, les autres vers le Nord-Est. Toute discipline semblait abolie parmi ces débris d'armées. Les soldats couraient à travers champs, trouaient les haies, perçaient les taillis. [...] Beaucoup avaient jeté leurs fusils, dans la hâte d'échapper aux Français et aux Anglais."

La bataille de la Marne aura duré six jours. Bien que victorieuse, le bilan est lourd : l'offensive est l'une des plus meurtrières de la Grande Guerre. Si l'écrasante avancée des troupes allemandes est suspendue le conflit n'est pas pour autant terminé, et c'est le temps de la guerre de positions et de tranchées qui s'installe.


Première guerre mondiale
Général Joffre
Marne
1914

Découvrez aussi

Dans une capitale plus que jamais isolée, les ballons montés sont le seul moyen de rejoindre la province. Ainsi le ministre de l'intérieur, Léon Gambetta, quitte Paris le 7 octobre 1870 pour un voyage périlleux.
En 1862, un violent conflit armé oppose les États-Unis à la tribu des Dakotas, menée par le chef indien Little Crow. Les Dakotas seront presque anéantis.
Du 14 au 18 septembre 1812, Moscou est en flammes. La Grande Armée entre victorieuse dans une ville désertée... et sabotée par les Moscovites. La presse met l'emphase sur la barbarie russe.
De retour en France après dix-neuf ans d'exil, l'écrivain prononce un discours enflammé en faveur de Paris, alors menacé par la progression prussienne.
Alors que Paris est assiégé le 18 septembre 1870, la vie quotidienne des Parisiens se met en place, entre rationnement drastique et rigueurs d'un hiver exceptionnel.
Alors que Paris est sur le point d'être assiégé par les armées prussiennes après la débâcle de Napoléon III à Sedan, nul ne veut croire à l'imminence de l'état de siège.
ScrollTop
Loading…