23 juillet 1945 : le procès du maréchal Pétain - Presse RetroNews-BnF

23 juillet 1945 : le procès du maréchal Pétain

Publié le 18/07/2017
Auteur: 
Julie Duruflé
Portrait de Philippe Pétain - Source BnF Gallica


Le 23 juillet 1945, le procès du maréchal Pétain s'ouvre... Dans une salle trop petite pour accueillir tous les journalistes.

24 juillet 1945, le journal Ce Soir s’apprête à couvrir “le plus grand procès de notre histoire” avec une première une cinglante dans laquelle le général Pétain s’affiche comme l'“associé du Fuehrer” :

“La félonie de Pétain a pris le masque de l’honneur, du patriotisme, des longs et loyaux services. [...] Pétain - par haine politique - a accepté de se faire fidéï-commis de l’ennemi, le liquidateur de l’intégrité nationale, de la gloire historique et des traditions spirituelles de la France.”

Le journal raconte à ses lecteurs l'arrivée du maréchal au tribunal  en ce premier jour de procès :

"Pétain [...] apparaît devant ses juges en petite tenue de maréchal. Peu avant lui pénètrent dans la salle les témoins. On remarque parmi eux l'ex-président Lefranc, assis à côté de M. Louis Marin [...], lequel à comme voisin M. Paul Reynaud. Plus loin, on aperçoit M. Michel Clemenceau, fils du "Tigre". Tout de suite on comprend que Pétain a peu hâte à être jugé. [...]

Se réfugiant dans le maquis de la procédure, Pétain entend être jugé conformément à la Constitution de 1875 et non en vertu de la loi du 18 novembre 1944.

Il est piquant de voir celui qui rêvait d'être le démolisseur de cette constitution, s'abriter derrière elle et réclamer de comparaître devant le Sénat !"

Face à la gravité des accusations, Ce Soir revient sur les dimensions inadaptées du procès :

“L’erreur qu’on a commise en s’obstinant à lui donner comme cadre une salle notoirement exiguë au point que beaucoup de ceux-là mêmes qui doivent suivre les débats par devoir professionnel n’ont pas tous obtenu de pouvoir le faire, ne saurait en amoindrir l’importance ni le retentissement. La France a le droit de connaître le déroulement de cette cause. Elle entend savoir exactement comment est jugé l’homme par qui elle a tant souffert”.

Le 28 juillet, L’Émancipateur se fait d'ailleurs l’écho d’une plainte officielle en ce sens:

“La Fédération Nationale de la Presse Française élève une protestation énergique contre la décision attribuant aux représentants de la Presse Française un nombre de places ridiculement insuffisant aux audiences du procès Pétain. [...] La Fédération ne comprend pas ces mesures restrictives, alors que la diffusion des débats qui doivent établir la grande trahison dont notre Pays a été victime intéresse l’honneur de la France”

Justement pour informer au mieux ses lecteurs, Ce Soir publie chaque jour les éléments de la séance de la veille. Dans son numéro du 28 juillet, il résume brièvement les cinq premiers jours :

"Lundi 23 juillet : à 13 heures, ouverture du procès. Interrogatoire d'identité de Pétain. La Cour entend M. Paul Reynaud.

Mardi 24 juillet : dès le début de la séance, M. Paul Reynaud achève son témoignage. M. Édouard Daladier, second témoin, commence son témoignage. Après M. P. Reynaud, il redit les refus de Pétain qui réduisait les crédits militaires et évoque la trahison de la Cagoule.

Mercredi 25 juillet : à 13h30, M. Daladier reprend sa déposition. Il souligne la présence, au sein du régime Pétain, des chefs de la Cagoule : Darnand, Méténier, Deloncle. M. Albert Lebrun vient alors à la barre, et confirme la déposition de M. Paul Reynaud, en rappelant que le 16 mai 1940, Pétain avait aporté la liste de son gouvernement toute prête.

Jeudi 26 juillet : M. Jeanneney, président du Sénat, est appelé à la barre. Il expose les circonstances de la signature de l'armistice et de la prise de pouvoir par Pétain : il rappelle le massacre des 1.00 otages de Nantes et les persécutions contre les sénateurs israélistes. M. Louis Marin lui succède à la barre. il souligne la trahison de l'armistice, qui faisait fi de la parole donnée : "l'armistice, inexplicable, inexcusable, dit-il, faisait le jeu allemand, permettait le pillage de la France et son asservissement.

Vendredi 27 juillet : aujourd'hui, M. Edouard Herriot, président de la Chambre des députés, témoigne à son tour."

Les journées de procès s'enchaînent pendant vingt-trois jours. On peut lire le 28 juillet que "les preuves de la trahison s'accumulent chaque jour" contre le maréchal ; le 3 août ce sont "les torturés, les fusillés [qui] accusent Pétain par la voix de la résistance enfin appelée à la barre".

À partir du 7 août, ce sont cette fois-ci "25 témoins cités par la défense" qui sont entendus :

"La troisième semaine des débats du procès de Pétain s'ouvre aujourd'hui. Sera-t-elle la dernière ? Rien de moins sûr. En effet, vingt-cinq témoins de la défense n'ont pas encore été entendus.

Le 8 août, l'audience "est encore réservée aux dépositions des amis du traître". Le 15 août sonne finalement le dernier jour du procès :

"Dans quelques heures une page fatale de notre histoire sera écrite. Dans l'indépendance de leur appréciation d'homme et de patriote, les membres de la Haute Cour de Justice, à la fois juges et jurés au regard de la loi, diront le droit, l'équité, proclameront la sentence qui s'impose, cette sentence, déjà inscrite dans les coeurs de tous ceux que n'aveuglent pas l'esprit de réaction et de caste, la haine de la République, le regret d'une Europe nazifiée."

Dans son numéro du lendemain, Ce Soir peut annoncer la sentence du tribunal :

"C'est ce matin, à 4 heures, après une délibération qui s'est prolongée pendant six heures d'horloge et une audience, la 20e des débats, dont la durée avait atteint quinze heures, que la Haute Cour a rendu son arrêt. "Celui qui fut le maréchal Pétain" - pour reprendre une expression dont s'est servi dans son réquisitoire le procureur général Mornet - a été condamné à mort, à l'indignité nationale et à la confiscation de ses biens pour avoir entretenu des intelligences avec l'ennemi en vue de favoriser ses entreprises, c'est-à-dire pour avoir trahi la France."

En attendant sa peine, le maréchal Pétain est transféré à l'île St-Marguerite "où le peuple français l'espère en sursis provisoire", selon le journaliste. Il est en réalité grâcié quelques jours plus tard, comme l'évoque le numéro du 19 août :

"La Haute Cour de justice a, toutefois, émis le voeu qu'en raison du grand âge du condamné, la peine de mort prononcée contre lui ne soit pas exécutée. Par décret en date du 17 août 1945, le général de Gaulle, président du gouvernement provisoire, a commué la peine de mort prononcée contre Philippe Pétain en la peine de détention à perpétuité."


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