Juillet 1830 : les barricades des Trois Glorieuses - Presse RetroNews-BnF

Juillet 1830 : les barricades des Trois Glorieuses

Publié le 26/07/2017
Auteur: 
Julie Duruflé
29 Juillet 1830. Prise des Tuileries : estampe - Source Gallica BnF


Les 27, 28 et 29 juillet, en pleine Restauration, le peuple de Paris se soulève contre Charles X et ses conseillers. Les journalistes ont lancé une révolution dont la presse devient le témoin engagé.

Cette "révolution par la presse" (Patrick Eveno) fusionne quelques heures plus tard avec le mécontentement de la rue. Les barricades s'érigent contre les derniers feux de la monarchie absolue en France, à la fronde des journalistes contre la censure succède celle de Paris : c'est la révolution de Juillet.

Le 27 juillet, suite à la censure, Le Constitutionnel publie sur une page unique le message des "députés de la France" qui haranguent les "braves citoyens de Paris" :

"Votre conduite dans ces jours de désastre est au-dessus de tout éloge.
Pendant que Charles
 X abandonne la capitale et vous livre à la fureur des Gendarmes et des Suisses, vous défendez vos foyers avec un courage vraiment héroïque. Continuons, redoublons de zèle, s'il est possible. Encore quelques efforts et vos ennemis seront vaincus. Déjà une terreur panique s'est emparée d'eux."

C'est ce même message qui accompagne, deux jours plus tard, la déclaration de l'établissement d'un gouvernement provisoire représenté par trois citoyens au nombre desquels figure le général Lafayette. Le 31 juillet, dans un numéro de quatre pages entièrement consacré à la révolution qui a ébranlé la capitale, Le Constitutionnel revient sur les événements des 27, 28 et 29 juillet. Le journal rend compte du bouillonnement de Paris et de sa population dont la consternation, suite à la publication des ordonnances le 26 juillet, se mue presque immédiatement en féroce opposition :

"Le premier sentiment qui ait frappé une grande nation qu'on insultait a été l'étonnement et la stupeur. La consternation a été courte. Deux jours ne sont pas écoulés depuis la promulgation des ordonnances Polignac, et déjà Paris tout entier, Paris, dans une unanimité de volonté, où il ne s'était point rencontré depuis la glorieuse année 1789, proclame son indignation. [...] Le commerce ferme ses ateliers, les gardes nationales courent aux armes."

Le Globe publie lui aussi son "récit des faits" le jeudi 29 juillet, à minuit. L'embrasement des affrontements se dessine au fil des lignes, jusqu'à la prise des Tuileries :

"Hier, les troupes ont constamment attaqué le peuple de Paris, qui leur opposait sur tous les points la plus héroïque résistance. Aujourd'hui, le peuple, à son tour, a constamment attaqué les troupes, et les a rompues et mises en fuite sur tou (sic) les points.
Dès le matin, l'Hôtel-de-Ville avait été repris, et les troupes avaient été refoulées dans le Louvre, où elles avaient pris position comme dans une forteresse. Malgré leur feu de mousqueterie, qui balayait le quai, les guerriers patriotes se sont élancés sur l'ennemi, ont forcé les premières grilles du Louvre, puis celles qui séparent le Louvre des Tuileries [...]. Enfin, l'élan du peuple l'emporta sur le courage du soldat, et les Tuileries furent occupées par nos guerriers. Le drapeau national flotta aussitôt sur le pavillon du centre."

Et le journal d'insister sur le refus de deux corps de la garde royale de faire feu sur le peuple. C'est la communion de l'ensemble des parisiens dans la révolution qui est célébrée : ce combat, c'est celui de "cytoyens (sic) et de guerriers s'embrassant, se félicitant de leur commun succès". On y croise "l'ardeur de la jeunesse française" qui donne "les plus glorieux exemples de patriotisme et de courage" à l'instar des élèves de l'École polytechnique, "ces jeunes héros qui ont enlevé aux troupes les premières pièces de canon" ; hommage est aussi rendu aux "dames de Paris [qui] montrent un courage et une humanité qu'on ne peut que trop admirer" en soignant les blessés des deux camps indifféremment.

Quant aux soldats de la garde royale mis en déroute, Le Globe attaque la cause qu'ils arment sans parvenir à les ériger en véritables ennemis :

Le combat était devenu meurtrier ; plusieurs patriotes étaient tombés, et les soldats de la garde royale, victimes d'un faux point d'honneur militaire, mais dignes de mourir pour une meilleure cause, jonchèrent la place de leurs cadavres. 
[...]
Les soldats de la garde royale avaient reçu ce matin dix francs par homme. Les blessés en ont fait l'aveu. On aimerait à trouver que leur affreux aveuglement avait l'ivresse pour cause. Cette distribution d'argent montre assez bien quelle confiance les hommes épouvantables qui sont cause de tant de malheurs, mettaient dans les troupes chargées de leur servir de bourreaux."

Pour la journée du 29, Le Constitutionnel annonce que "la capitale a été déclarée en état de siège" ; dans un article titré "Aux troupes !", le journal interpelle justement les défenseurs de la monarchie. C'est encore à l'humanité que la tribune en appelle, face au massacre aveugle de la population :

"Soldats ! le cercle de vos devoirs est tracé par la loi militaire, par l'humanité et par l'honneur [...]. Eh bien ! nous vous le demandons, est-il juste de faire feu sur des hommes qui demandent le maintien de la loi solennellement jurée ? Est-il raisonnable de renverser un ordre des choses par lequel vous êtes officiers, ou qui vous assure le droit de le devenir, pour rétablir le régime sous lequel vous étiez désignés par le nom de communs [...]. Hommes ! aucun sentiment d'humanité n'émeut-il vos entrailles en lançant la mort sur des masses où elle frappe au hasard aussi bien le vieillard que le jeune homme, la femme et l'enfant faibles et inoffensifs, que le garde national armé pour la défense de ces droits des Français, qui ne sont pas moins les droits de l'armée que ceux des citoyens. Militaire, n'y a-t-il rien au fond de vos poitrines qui murmure contre l'abus de la force ?"

Avant de réaffirmer néanmoins la ferveur chevillée au corps des parisiens révoltés :

"Et cependant ce n'est plus que par la complète destruction de Paris que vous pouvez parvenir à vaincre notre juste et légitime résistance ; tant qu'il restera une rue que nous puissions barricader, une maison dans laquelle nous puissions nous retrancher, un meuble, un pavé à jeter pour notre défense, nous nous en servirons pour armer nos justes droits".

Un deuxième tirage du Globe sort le 29 juillet à quatre heures et annonce déjà la victoire des parisiens, sans sonner pour autant la fin des barricades :

"Les plus belles journées de la Révolution française viennent de luire. Paris a délivré la France : nos ennemis sont en pleine retraite.
L'ordre a été donné aux troupes de cesser le feu sans que cet ordre ait été demandé par nous. On capitule, on nous demande grâce.
Soyons généreux, mais ne soyons pas confians (sic). Restons en armes
 : établissons-nous sur le terrain qu'on nous abandonne. Gardons, multiplions, fortifions nos barricades"

La garde nationale se réorganise, Lafayette est nommé général en chef de l'armée parisienne. La Gazette de France raconte que, le "30 juillet, des patrouilles parcourent les rues. [...] Le drapeau tricolore flotte sur tous les édifices publics". Le Globe dresse le 31 juillet un "état de Paris" aussi élogieux pour la population guerrière que révélateur de la violence qui a saisi la ville :

"L'esprit de Paris est admirable.
Toute la population se repose de sa victoire, joyeuse, prête à de nouveaux combats. Les rues, les quais et les boulevarts (sic) sont dépavés de distance en distance, et soigneusement barricadés. Les balcons, les terrasses, sont chargés de pavés. Les citoyens qui n'avaient pas d'armes ont eu le temps d'en trouver. [...]
Ainsi Paris est en sûreté. Deux cent mille hommes ne pourraient le reconquérir. [...] Toute la population est dans les rues, parée des couleurs de la révolution. Là on enterre religieusement les victimes des glorieuses journées des 27, 28 et 29 juillet."


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