La mystérieuse mort d’Émile Zola - Presse RetroNews-BnF

La mystérieuse mort d’Émile Zola

Publié le 28/09/2017
Auteur: 
Pierre Ancery
Funérailles de Zola au Panthéon ; agence Rol ; 1908 - source Gallica BnF


Zola meurt asphyxié chez lui le 29 septembre 1902. Aussitôt, des rumeurs de suicide et d'assassinat circulent, révélant le climat passionnel qui entoure le romancier, farouchement dreyfusard.

Le matin du 29 septembre 1902, Émile Zola est retrouvé mort à son domicile parisien, au 21 bis rue de Bruxelles, dans le 9e arrondissement. La cause de son décès est tout de suite connue : l'auteur de Germinal et de L'Assommoir, qui avait 62 ans, a été victime d'une asphyxie par gaz due à des émanations toxiques produites par sa cheminée.

 

Dès que la nouvelle est connue, une émotion immense s'empare de la population. Le lendemain, l'événement fait la une de toute la presse. L'Aurore, journal où Zola fit paraître son célèbre J'accuse, paraît avec un liseré noir en signe de deuil :

 

« Émile Zola, notre maître vénéré, l'illustre écrivain, le noble penseur qui n'hésita pas une seconde à sacrifier ses intérêts, son repos, sa liberté, au salut du martyr de l'île du Diable, est mort brusquement en pleine vigueur, en plein talent, en pleine gloire. »

 

Le Matin s'exclame en Une :

 

« Comment, dans le cadre étroit d'une colonne de journal, rendre un hommage digne de lui à cet homme dont l'œuvre immense faisait le familier – ami ou ennemi – de tant d'êtres ? […] Parler de Zola ! Qu'en dire, dans l'émotion de cette heure, sinon l'émotion même et le bouleversement où jette le spectacle de cette tombe si brusquement ouverte sous le pas de celui qui, par-dessus tout et avec un indéfectible espoir, célébra la joie et la beauté de vivre. »

 

Jean Jaurès, dans La Petite République, insiste sur la portée sociale de l’œuvre du défunt :

 

« Tous les citoyens probes et libres, tous les hommes de pensée haute et droite, tous les prolétaires dont Zola perçut la puissance encore confuse et annonça l’avènement, ressentiront une émotion douloureuse eu apprenant la mort du puissant romancier qui fut un grand citoyen. »

 

Tandis que Le Figaro, auquel le romancier collabora souvent, rapproche sa mort de celles de Flaubert et de Daudet et annonce la fin des grands écrivains :

 

« Voilà que disparaissent tous les grands écrivains d'hier. Qui les remplace parmi nous, hélas ! Flaubert, Daudet, Zola, ces trois amis, sont morts trop tôt pour les lettres françaises. Et la mort de chacun d'eux est bizarrement caractéristique de ce qu'ils furent. Flaubert est terrassé par l'opiniâtre labeur d'écrire ; Daudet succombe à ses nerfs fatigués de trop aigus frémissements ; et la catastrophe où Zola périt a quelque chose de tragique et d'effrayant comme son œuvre. »

 

Dans le même temps, la presse nationaliste et antisémite est aux anges en apprenant la mort du célèbre dreyfusard. La Libre Parole, journal d'Edouard Drumont, tire le 30 septembre « Un fait divers naturaliste » et regrette le 2 octobre la « glorification du traître ». La Croix publie le 1er octobre un article très violent laissant entendre insidieusement que Zola s'est peut-être suicidé :

 

« Zola est mort. Est-ce par accident ? Est-ce par suicide ? On assure que c’est par accident. J’aime mieux cela. C’est un crime de moins dont il aura à répondre devant Dieu. Il a fait bien du mal à la France, dont il sacrifia le repos et la renommée aux satisfactions de son formidable orgueil. […] Toute une génération se corrompit à ses écrits d’une impudeur sans précédent. Zola ne s’est pas suicidé, paraît-il, soit, il n’en était pas encore là ; mais combien en ont eu assez de la vie, après avoir lu Pot-Bouille ! [...] Il détruisit pour beaucoup l’idée de Dieu ; pour beaucoup d’autres, l’idée de patrie ; il voulut détruire pour tous l’idée de morale. »

 

La possibilité d'un assassinat, elle aussi, bien que peu exprimée sur le moment, est présente dans les esprits en raison des menaces constantes dont fut victime Zola suite à l'affaire Dreyfus. Mais les conclusions de l'enquête écartent rapidement toute autre hypothèse que celle de l'accident. Ce qui n'empêchera pas les théories les plus farfelues d'émerger de temps à autre.

 

La dépouille de Zola sera transférée au Panthéon le 4 juin 1908, après une très longue bataille politique. Un siècle plus tard, de nombreuses pistes confirment la thèse de l'assassinat.


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