L'abbé Grégoire, combattant anti-esclavagiste - Presse RetroNews-BnF

L'abbé Grégoire, combattant anti-esclavagiste

Publié le 12/09/2017
L'abbé Grégoire ; entre 1790 et 1792 - source Gallica BnF


Le député Henri Grégoire, figure emblématique de la Révolution, fut l'un des principaux partisans de l'abolition face aux représentants des colons esclavagistes.

Né en 1750, Henri Jean-Baptiste Grégoire, également appelé l'abbé Grégoire, fut une figure importante de la Révolution. Prêtre catholique, membre de l'Assemblée constituante et adhérent de la Société des amis des Noirs de Brissot de Warville, il plaida sans relâche pour l'abolition de l'esclavage.

 

Le 10 mai 1791, il prononce à l'Assemblée un discours "pour procurer aux gens de couleur les droits des citoyens actifs", retranscrit dans le Courrier extraordinaire du 12. Le discours porte sur les droits des gens de couleur nés dans les colonies de parents libres (les planteurs "mulâtres", c'est-à-dire métis, et non les esclaves affranchis), et s'oppose au comité colonial de Barnave, opposé à toute réforme du système esclavagiste :

 

"On a attribué à la société des amis des noirs, d'avoir favorisé les prétentions des habitants de couleur, d'avoir entretenu leur insurrection, de leur avoir fourni des fusils, cela est faux, Messieurs ; […] en réclamant, Messieurs, la liberté, les gens de couleur ne demandent point des droits nouveaux, ils demandent seulement que vous ne les dépouilliez point de ceux qui leur ont été accordés par un roi despote, par Louis XIV enfin, en 1685."

La séance aboutit à un décret de compromis accordant l'égalité des droits politiques aux métis, sans rendre l'esclavage illégal. Le 24 septembre 1791, le député Barnave réussit toutefois à faire révoquer ce décret, en dépit du violent discours prononcé contre le comité colonial par Grégoire le 16, au club des Jacobins :

 

"Les colons blancs font parade de bonté envers les mulâtres, et cependant à la nouvelle du décret, ces hommes si humains parlent de lâcher leurs ateliers contre les gens de couleur, de faire ruisseler leur sang comme celui des infortunés martyrs Ferrand de Baudières et l'Abbadie. Les colons débitent que les écrits en faveur des mulâtres ont fait un grand tort dans les Colonies ; et quand il s'agit de déprécier le sang-mêlé, on vous dit que leur ignorance est telle qu’ils ne savent seulement pas lire."

 

Ces droits ne seront rétablis qu'en 1792. En juin 1793, l'abbé Grégoire soutient une délégation sans-culotte qui accompagne une vieille femme noire dans le but de faire abolir l'esclavage. En février 1794, il participe aux débats sur la promulgation de l'abolition de l'esclavage des Noirs dans les colonies. Le Mercure universel raconte :

 

"Plusieurs membres désirent que le mot esclavage ne souille pas un décret de la convention, d’autant que ce n’est que restituer leurs droits à des hommes que la nature créa libres. Il faut, disent Grégoire et Lacroix, que cette périphrase, abolition de l'esclavage, se trouve dans votre décret, sans cela les nègres ne se croiront pas parfaitement libres, ils penseront qu’il reste encore quelque moyen secret de les tenir dans une demie servitude."

Le décret du 4 février abolit l'esclavage. Après sa restauration par Napoléon en 1802, l'abbé Grégoire continuera de militer pour l'abolition, consacrant de nombreux ouvrages au sujet, dont le principal est, en 1808, De la littérature des nègres, manifeste contre la traite négrière très critiqué par la presse. Le Journal de l'Empire écrit ainsi le 20 octobre :

 

"Grégoire voudrait du moins que les maîtres, que les colons, traitassent avec douceur et bonté leurs esclaves. Il fait un tableau horrible et sûrement fort exagéré des cruautés exercées contre les Noirs dans les colonies et cite, à son ordinaire, des faits dans le choix desquels il met peu de critique."

L'abbé Grégoire mourut en 1831. Il repose au Panthéon depuis 1989. Une place porte son nom à Fort-de-France, en Martinique, inaugurée en 1950 par son maire Aimé Césaire.

En France, l'esclavage fut définitivement aboli en 1848.

 


abbé Grégoire
Esclavage
Révolution française

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