L'empoisonneuse Marie Bourette et sa « haine de vieille fille » - Presse RetroNews-BnF

L'empoisonneuse Marie Bourette et sa « haine de vieille fille »

Publié le 10/10/2017
Auteur: 
Marina Bellot
L'arrestation de Marie Bourette dans Le Petit Journal supplément du dimanche du 9 janvier 1910 - Source : BnF RetroNews


En 1910, la presse se passionne pour le procès de Marie Bourette, dont la jalousie pathologique a coûté la vie à un jeune ténor en pleine ascension.

De la diabolique marquise de Brinvilliers à Hélène Jegado, la serial killeuse à l'arsenic, la figure de l'empoisonneuse a traversé les siècles (voir notre article, Une petite histoire de l'empoisonnement).

En 1910, un nouveau cas est jugé aux Assises de la Seine : Marie Bourette, 40 ans, comparaît pour un crime à l'arsenic.

L'affaire fait d'autant plus de bruit que la victime est un jeune ténor belge, Jules Godart, surnommé « le Grand Blond » et promis à un avenir glorieux – il s'apprêtait à jouer le rôle de Siegmund dans La Walkyrie de Wagner pour l'Opéra de Paris et venait de signer un contrat au Metropolitan Opera de New York.

C'est neuf ans plus tôt, en 1901, que l'affaire prend sa source. Alors que la France de la Belle Époque s'amuse, Marie Bourette, vendeuse de jupons aux magasins du Louvre, mène une vie modeste et ennuyeuse. À trente ans, elle n'est pas mariée et cultive amertume et rancœur envers ses collègues qui affichent leur bonheur familial. 

Sa vie est enfin, pense-t-elle, sur le point de basculer quand M. Doudieux, un jeune négociant en meubles, la remarque et lui fait un semblant de cour, avant de disparaître et de se marier à une autre, dix-huit mois plus tard. Marie Bourette sombre alors dans « une haine farouche et tenace », écrit l'un des journaux de l'époque, Le Petit Caporal, qui rapporte :

« Ce furent alors des lettres anonymes nombreuses adressées aux deux époux, et contenant des menaces ; puis un envoi de bouchées au chocolat dont la crème avait été mélangée de strychnine, que Mme Doudieux eut l'heureuse idée de soumettre à l’analyse.

Un an plus tard, les époux Doudieux trouvèrent dans leur jardin un paquet contenant des produits pharmaceutiques, notamment des cachets portant l’étiquette : Antipyrine. Ils mirent le paquet de côté et n’y pensèrent plus. M. et Mme Godart vinrent un jour déjeuner chez leurs amis Doudieux, dans leur villa du Vésinet. Après le repas, le ténor, souffrant de la migraine, prit un des cachets de la boîte fatale. Il mourait quelques heures plus tard, après d’atroces souffrances. »

Quand s'ouvre son procès, Marie Bourette a quarante ans. « Le procès de l'empoisonneuse » est suivi par toute la presse parisienne et le public se presse pour apercevoir la criminelle. Le Siècle rapporte :

« Marie-Louise Bourette est une grande et très grosse femme blonde, laide et commune ; elle est vêtue de noir et porte un chapeau à plumes noires également. Pendant la lecture de l'acte d'accusation, l'accusée regarde du côté du public. Elle semble indifférente et son regard paraît peu intelligent. »

Dans Le Figaro, le célèbre avocat et chroniqueur judiciaire Georges Claretie invoque une « haine de vieille fille » :

« Si Marie Bourette, que la Cour d'assises va juger aujourd'hui, est coupable, et l'acte d'accusation contient des charges terriblement graves, il semble bien que ce soit la jalousie qui lui ait fait commettre le crime dont a été victime, par hasard, l'infortuné M. Godard [sic], ténor de l'Opéra.

Jalousie toute particulière et presque maladive, qui n'est pas la colère de la maîtresse abandonnée et qui se venge, mais jalousie de vieille fille voyant les années implacables venir, les cheveux blancs se mêler aux mèches blondes et, un à un, s'évanouir tous les rêves de bonheur et de vie à deux qu'elle avait pu former, s'irritant aussi devant le bonheur des autres et mettant comme une sorte d'âpre volupté à vouloir le détruire. »

De nombreux experts, en écriture et en toxicologie, sont appelés à la barre. Ainsi, Le Petit Parisien retranscrit l'audition du directeur du laboratoire de toxicologie de la préfecture de police, qui a analysé les cachets saisis chez Marie Bourrette :

« D. N'a-t-on pas trouvé aussi chez l'accusée deux grammes d'acide arsénieux ?
R. En effet.
D. Et avec une telle quantité de ce toxique combien pourrait-on empoisonner de personnes
 ?
R. Une vingtaine. (Longue sensation dans l'auditoire.)
 »

Marie Bourette sera condamnée aux travaux forcés à perpétuité.


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