La malédiction de Toutânkhamon

Publié le 13/12/2016
Howard Carter supervisant les fouilles du tombeau de Toutankhâmon ; Agence Rol : 1923 - Source Gallica BnF
La découverte en 1922 de la sépulture du pharaon fut suivie par plusieurs morts mystérieuses. Il n'en fallut pas plus aux médias pour créer l'idée d'une vengeance surnaturelle.

La malédiction du pharaon : une légende qui fit frissonner le grand public pendant plus d'une décennie... Tout commence avec une simple dépêche, qu'on retrouve début décembre 1922 dans plusieurs journaux français. Celle-ci annonce une découverte extraordinaire faite en Égypte... Ainsi lit-on dans Le Gaulois du 1er décembre :

 

"On annonce de Londres qu'en Égypte, à la Vallée des Rois, lord Carnarvon et M. Howard Carter ont fait part de la découverte sensationnelle qu'ils ont faite, entre autres objets, des biens paraphernaux du roi égyptien Tutankhamen, un des plus fameux rois de la dix-huitième dynastie qui régna à Tel-El-Amarna et Thèbes, il y a 3 000 ans. On connaît peu de choses sur son compte, mais il serait, paraît-il, le fils de Amenhotep III."

 

Toutânkhamon, on le sait aujourd'hui, était en réalité le fils d'Akhénaton et est mort vers 1327 avant J.C. Le 26 décembre, L'Intransigeant donne les détails de la découverte de l'égyptologue britannique Howard Carter, affirmant qu'elle "donnera des renseignements ignorés jusqu’ici sur divers facteurs importants de la vie de l’ancienne Égypte et sur les détails des funérailles".

 

Mieux, le tombeau mis à jour regorge d'objets superbement préservés, que détaille Le Petit Parisien du 30 janvier 1923 : un trône doré, des vases, des conserves funéraires... Les journalistes du monde entier se pressent sur place et les articles se multiplient. Le 14 février, L'Ouest-Éclair parle de "découverte artistique et archéologique la plus sensationnelle du siècle". C'est le début d'une véritable égyptomania.

 

Le 18 février, un article inquiétant, signé par l'orientaliste Joseph-Charles Mardrus, paraît dans Le Journal sous ce titre dramatique : "Le pharaon Toutankhamon se vengera".

 

"Encore en puissance de tous les moyens, en elle infusés, lors des funérailles, par la consécration magique de l'Officiant, [la momie de Toutankhamon] continue à vivre de sa vie de Momie. […] Et, dans son hypogée de la Vallée des Rois, elle entend distinctement, derrière le mur inviolé gardé par les deux statues d'or et d'ébène, les coups sourds des démolisseurs s'avançant avec circonspection à sa recherche. Et elle prépare sa vengeance."

 

 

La première victime du pharaon

 

Le 5 avril, lord Carnarvon, l'homme d'affaires britannique qui a financé les fouilles, meurt brutalement. Il n'en faut pas plus pour que la presse se déchaîne : "Le Pharaon s'est-il vengé ?", demande en une Le Siècle du lendemain. Le Matin du 8 avril court interroger les occultistes. Pour eux, aucun doute, lord Carnarvon est "tombé victime des forces latentes défensives accumulées dans la tombe du pharaon par les hiérophantes". L'un d'eux explique :

 

"Les incantations pratiquées par les prêtres égyptiens dans les sépultures avant qu'elles soient closes pour l'éternité, nous dit M. Fidel Amy-Sage, consistaient spécialement à créer un vortex. immobilisé ensuite jusqu'au moment où un violateur viendrait, en ouvrant la sépulture, rompre l'équilibre établi par les opérations magiques avant la fermeture hermétique du tombeau."

 

Les médecins ont beau expliquer ce décès par une piqûre de moustique au visage que le défunt aurait écorchée en se rasant, provoquant son infection et une septicémie mortelle, rien n'y fait. La théorie de la malédiction passionne le public. On raconte qu'au moment de la mort de Carnarvon, toutes les lumières du Caire se sont éteintes, sans raison. Ou bien que le canari d'Howard Carter aurait été dévoré juste avant la fouille par un cobra, symbole du pharaon...

 

 

Les suites de la malédiction

 

Dans les années qui suivent, les morts se succèdent. George Bénédite, égyptologue attaché au Louvre, meurt en 1927, après avoir visité le tombeau. Son homologue américain, Arthur Mace, connaît le même sort. Puis, c’est le tour du frère et de l’infirmière de Lord Carnarvon ainsi que du secrétaire d’Howard Carter.

 

"Il semble que la fatalité s’acharne sur tous ceux qui ont osé, il y a quelques années, travailler aux fouilles entreprises par lord Carnarvon et M. Howard Carter, dans la Vallée des Rois", écrit L'Intransigeant du 17 novembre 1929. En douze ans, la presse compte pas moins de 27 personnes proches de l'expédition à être mortes de façon suspecte. Des hypothèses farfelues voient le jour : auraient-elles été toutes infectées par le même virus resté enfermé dans la tombe pendant 3 000 ans ?

 

Pourtant, le principal découvreur de la sépulture, Howard Carter, se porte comme un charme. En 1930, il se propose même de partir à la recherche de la tombe d'Alexandre le Grand. Il mourra en 1939, d'une cirrhose, à l'âge de 64 ans. Dix-sept ans après l'ouverture de la tombe de Toutânkhamon : le pharaon aura mis du temps à se venger...    

 


Découvrez aussi

Inondations, sécheresse... Pendant des décennies, la France a connu les ravages de la déforestation, fléau régulièrement dénoncé par la presse.
Le 15 avril 1912, le Titanic coulait. Les unes de la presse française du lendemain sont plutôt étonnantes...
40 morts, un seul survivant. En 1936, les disparitions du navire et de l'explorateur Jean-Baptiste Charcot suscitent une immense émotion en France.
En 1910, une audacieuse tentative de traversée de l'Atlantique en dirigeable tient en haleine la presse et le public plusieurs semaines durant.
"Un jour, la Seine débordera". L'Institut d'Aménagement et d'Urbanisme a mis en garde les Franciliens contre les conséquences d'une crue centennale de la Seine... Un scénario catastrophe, loin de la "crue bénigne" de 1910.
Depuis mardi, la Seine a débordé de son lit. On est toutefois encore loin de la terrible crue de 1910, le plus important débordement connu de la Seine après celui de 1658.
ScrollTop
Loading…