Lindbergh, "l'aigle solitaire" adoré des foules

Lindbergh, "l'aigle solitaire" adoré des foules

L'exploit de l'aviateur américain, premier homme à réussir une traversée de l'Atlantique en solitaire, lui valut l'adulation du public.

C'est sans doute l'aviateur le plus célèbre de tous les temps. Son exploit l'est tout aussi : le premier vol en solitaire de New York à Paris, soit un trajet de 6 000 km au-dessus de l'Atlantique. Le 21 mai 1927, l'Américain Charles Lindbergh entrait dans la légende en atterrissant à l'aéroport du Bourget après une traversée de 33 heures et 30 minutes à bord de son avion, le Spirit of Saint Louis.

 

La presse comme le public, pendant des semaines, va chanter ses louanges. S'il n'est pas le premier à avoir traversé l'Atlantique par les airs (un hydravion américain et un avion britannique y étaient parvenus en 1919), il est le premier à l'avoir fait seul.

 

Lindbergh décolle de New York le 20 mai, à 20h50. Tous les journaux suivent de près l'odyssée du jeune aviateur de 25 ans et transmettent à leurs lecteurs la moindre information sur la traversée. Dans son édition du 22, Paris-Soir raconte ainsi que l'avion a été aperçu au-dessus de l'Atlantique, "par 49° 24' de latitude nord et 43° 15' de longitude est, c'est-à-dire à une distance approximative d'un tiers entre Terre-Neuve et l'Irlande".

 

 

Une arrivée triomphale

 

Au Bourget, 200 000 personnes attendent le héros. Quand il arrive enfin, c'est l'hystérie. L'Écho de Paris décrit la scène :

 

"Tout à coup, à 10h19, une rumeur effrayante se dégage de la foule. On a vu un avion tout blanc, venant du côté de Senlis, à la hauteur de 150 mètres. Bientôt, il n'y a plus aucun doute. C'est l'aviateur américain. […] Dix mille personnes, qui ont rompu les barrages, se précipitent au-devant de lui. […] L'enthousiasme est à son comble. Lindbergh en chapeau de paille ! semble tout surpris et un sourire éclaire son jeune visage."

 

Dans L'Humanité, Paul Vaillant-Couturier écrit :

 

"Deux continents se rapprochent. Des millions et des millions d'hommes, aujourd'hui des deux côtés de l'Océan, vont se sentir plus voisins les uns des autres, plus fraternels. Et cela, c'est une victoire révolutionnaire."

 

Le Matin, qui publie un gigantesque portrait de Lindbergh en une, est dithyrambique :

 

"Un homme, presque un enfant, a fait la chose qu'il semblait que les hommes les plus expérimentés ne pourraient faire. Il n'avait pas grandes prouesses derrière lui et son principal capital était son courage. [...] Les dépêches de New York disent que tous les cœurs se serrèrent quand on le vit s'enfermer dans ce qu'il appelait lui-même, « sa cellule de condamné à mort ». Mais il dit avec un sourire :

Ne vous, en faites pas. Demain soir, je serai à Paris.

Et en effet, le lendemain soir, il était à Paris. Il avait passé le grand océan. Il avait passé à travers la mort. Le Destin avait été vaincu par l'audace."

 

Lindbergh aurait simplement dit, en quittant son cockpit : "Well, I did it !". Il est aussitôt emmené à Paris, à l'ambassade des États-Unis, et on lui remet le prix Orteig, de 25 000 dollars. Le président américain Coolidge envoie un télégramme pour féliciter le jeune aviateur, tandis qu'à New York ont lieu des scènes de liesse à l'annonce de la nouvelle.

 

 

Le héros des foules

 

Le lendemain, Lindbergh fait la une de tous les journaux. La plupart reproduisent la première interview de l'aviateur, donnée aux représentants de l'agence "Radio" et de "l'United Press". Lindbergh, tout sourire, dans une robe de chambre appartenant à l'ambassadeur, raconte son périple.

 

"– Bien que j'aie reçu avant mon départ communication des rapports officiels qui annonçaient d'excellentes conditions météorologiques sur toute l'étendue de l'Atlantique, j'ai rencontré de la pluie à plus de mille milles du trajet au-dessus de l'océan. Je vous assure que ce n'était pas très gai. [...] À la vérité, je me suis beaucoup ennuyé. Je n'ai jamais eu sommeil et je n'ai pas usé un seul instant de la caféine et des autres stimulants que j'avais emportés par précaution. Je n'ai bu que de l'eau, mais je vous l'avoue, que j'avais, en arrivant, une soif de tous les diables."

 

Lindbergh a aussi un mot pour les pilotes français Charles Nungesser et François Coli, disparus douze jours plus tôt en tentant une traversée de l'Atlantique de l'est à l'ouest. Mieux : le même jour, comme le relate L'Ouest-Éclair, il demande à rencontrer la mère de Nungesser. "J'ai connu votre fils pendant son séjour en Amérique, où j'ai eu l'occasion, à plusieurs reprises, d'apprécier son courage", lui dit Lindbergh. "Je déplore, comme tous les Américains, que les recherches effectuées en Atlantique n'aient encore donné aucun résultat, mais je conserve toujours l'espoir qu'on retrouvera votre fils et son compagnon".

 

Le geste émeut profondément le public français et fait forte impression sur le président Gaston Doumergue. Celui-ci, le 23, lui remet la Légion d'honneur. Lindbergh, en hôte zélé, rend hommage à "la nation la plus héroïque du monde". Le 26, il va même saluer les maréchaux Foch et Joffre. S'ensuit une tournée triomphale à Bruxelles et à Londres, où Lindbergh est reçu comme un héros par des foules enthousiastes. Puis il rentre aux États-Unis.

 

Le destin de l'aviateur sera plus tard assombri par une affaire qui défrayera la chronique : l'enlèvement de son bébé en 1932. L'enfant sera retrouvé mort malgré le paiement d'une rançon. Puis, dans les années 30, exilé en Europe avec sa femme, Lindbergh se distinguera par sa proximité idéologique avec le nazisme. Au début de la guerre, il plaide pour la non-intervention américaine et devient un leader du mouvement "America First".

 

En mai 1941, lorsque Roosevelt lui demande de renvoyer sa médaille de l'ordre de l'Aigle allemand, reçue de Göring en 1936, il préfère démissionner de son poste de colonel au département de la Guerre. Toutefois, après Pearl Harbor, il participera à l'effort de guerre en tant que consultant civil à des missions de combat dans le Pacifique. Il meurt en 1974.

 


Publié le 11/01/2017
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