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Le meurtrier de l'avenue Montaigne (1/2)

En 1887, un triple meurtre apparemment crapuleux défraie la chronique.

En mars 1887, la France apprend l’arrestation à Marseille d’un homme soupçonné d’être l’auteur d'un triple meurtre commis avenue Montaigne, à Paris.

Trois femmes ont été retrouvées égorgées quelques jours plus tôt : Claudine-Marie Regnault, une courtisane connue sous le nom de Régine de Montille, sa femme de chambre Annette Grémeret, et sa fille de douze ans. Le mobile semble être le vol des bijoux de Mme de Montille et de 150 000 ou 200 000 francs de diamants et de valeurs.

Le Constutionnel rapporte [Voir l'archive] :

"La police a arrêté hier soir, au Grand-Théâtre à Marseille un nommé Henri Pranzini, âgé de vingt-neuf ans, originaire de Livourne, soupçonné d'être l'assassin de la rue Montaigne.
Parmi les bijoux laissés par lui dans une maison de tolérance où il s'était rendu avant d'aller au théâtre, se trouve un médaillon exactement semblable à celui volé à Mme Regnault. Pranzini a déclaré avoir quitté Paris samedi matin par le train-éclair. Interrogé par M. Roux, substitut, sur le motif de son départ, Pranzini a répondu qu'il avait quitté Paris après avoir lu le récit du crime et dans la crainte d'être soupçonné. On annonce qu'une perquisition dans la chambre d'hôtel qu'occupait le nommé Henri Pranzini, a amené la découverte d'une valise contenant du linge et des vêtements tachés de sang."

 

L'affaire occupe les journaux pendant plusieurs semaines. Henri Pranzini nie les accusations en bloc malgré les charges qui s'accumulent contre lui. L'enquête est complexe et se heurte aux limites de la science de l'époque : l'analyse des empreintes digitales, notamment, est encore balbutiante. C'est donc la mesure de la main de l'accusé qui est comparée aux empreintes sanglantes trouvées sur les lieux du crime.

En avril 1884, Le Petit Parisien fait un point complet [Voir l'archive] sur les avancées de l'enquête et note :

"On avait constaté des empreintes de mains ensanglantées sur le drap du lit de Mme de Monti et sur son coffre-fort. Les mesures anthropométriques prises par le docteur Bertillon ajoutent une charge nouvelle à celles qui pèsent déjà sur Pranzini. En effet, les mains de ce dernier paraissent s'adapter exactement sur les empreintes sanglantes dont nous venons de parler."

"Chaque journée, presque chaque heure, amène sa surprise", écrit Le Petit Journal [Voir l'archive] :

"La science, comme la loi, a ses intuitions. Jusque-là, elle s'était restreinte à un examen sommaire de l'accusé.
— Il est indispensable que je le voie nu, dit le docteur Brouardel.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il était nu lorsqu'il a commis le crime. On déshabille le prisonnier. Une structure d'hercule, une membrure de taureau.
Sa cuisse droite porte l'empreinte d'une longue estafilade.
— L'origine de cette cicatrice ? s'informe l'éminent professeur.
— Heu ! heu ! quelque écorchure, réplique Pranzini.
— Prenez garde ! Ce sont des marques d'ongles.
— Précisément, les miens. Je me suis trop gratté, à la suite de violentes démangeaisons.
Le doyen de la faculté de médecine convie son « sujet » à renouveler l'acte dont il parle. L'autre s'exécute.
— Je disais bien, reprend M. Brouardel avec son flegme de savant, vos grattements procèdent, selon l'habitude, de bas en haut ; l'égratignure que nous constatons a été produite de haut en bas.
Le prisonnier demeure subitement interdit. Chaque journée, presque chaque heure, amène donc sa surprise, au cours de cette enquête touffue. Que l'on ne s'y méprenne pas : l'affaire Pranzini conservera sa date dans les annales de l'instruction judiciaire."

 

Il faut attendre le procès, qui doit s'ouvrir en juillet 1884, pour faire la lumière sur ce triple meurtre.

 

Pour en savoir plus, découvrez parmi les ouvrages de Collection XIX :

L'Anthropologie criminelle et ses récents progrès de Cesare Lombroso
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La Contagion du meurtre de Paul Aubry
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Les Criminels d'Armand Corre
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L'Âme du criminel de Maurice de Fleury
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Études de psychologie sociale de Gabriel Tarde
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Publié le 15/03/2017

Echos de presse

En juillet 1887, le procès du "meurtrier de l'avenue Montaigne" conduit à sa condamnation à mort. L'affaire a bouleversé Thérèse de Lisieux, qui espère obtenir la conversion de Pranzini.
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