Écho de presse

Le bombardement dévastateur de Caen en 1944

le 24/07/2021 par Pierre Ancery
le 16/08/2018 par Pierre Ancery - modifié le 24/07/2021
Bombardement de Caen, 6 juin 1944 - source : WikiCommons-National Archives USA

Le bombardement de Caen par les Anglais et les Américains en été 1944 a causé la destruction presque complète de la ville et la mort de plus de 2 000 civils, sacrifiés au profit de la victoire alliée.

6 juin 1944. Le débarquement sur les plages du Calvados et de la Manche vient d'avoir lieu. C'est un succès. Le prochain objectif des Alliés : la prise de Caen, ville stratégique sur la route de Paris, alors entièrement occupée par les Allemands. L'état-major anglo-américain a décidé de la bombarder.

 

Dès 13h30, les Alliés larguent 156 tonnes de bombes sur la ville, faisant 500 victimes. Le lendemain, ils recommencent : 200 personnes périssent. Mais les Allemands tiennent bon : ils ont reçu l'ordre de tenir Caen coûte que coûte. Le siège aérien ne fait que commencer. Il durera six semaines.

 

Dans la presse collaborationniste, on dénonce les méthodes de « l'envahisseur ». Le 12 juin, sous-titrant son article « Méthodes bolcheviques, raffinement britannique, systématisation américaine », Le Matin publie le reportage sur place d'un envoyé spécial :

« Je reviens de Caen.

 

Jadis, la belle cité normande était l'antichambre des plages de vacances. Nous la traversions déjà enivrés d'air salin, le cœur léger, l'âme toute ravie à la perspective des belles journées de doux repos qu'allaient nous offrir les grèves toutes proches.

 

Lundi encore, Caen vivait la vie normale d'une ville française, soumise certes à des nécessités de guerre, mais vigoureuse et saine, de cette santé de la terre grasse qui n'appartient qu'à notre Normandie.

 

Et mardi ce fut le drame [...].

 

Une première vague de bombardiers fait son apparition. Les bombes tombent en plein cœur de la ville, provoquant de nombreux incendies [...]. Elles ne visent pas tel ou tel objectif précis, mais la ville, toute la ville. Systématiquement, comme un champ qu'on laboure et qu'un géant apocalyptique ensemencerait. Non pour faire naître la vie mais pour donner la mort [...].

 

Les bombardiers reviennent. Plus nombreux que jamais [...]. Et les bombes tombent dru sur ceux rassemblés comme pour un monstrueux holocauste au Moloch infernal. Les hommes, les femmes, les enfants tentent de fuir dans toutes les directions, tenaillés par une terreur effroyable.

 

Mais fuir où ? Partout l'enfer gronde. Et derrière les bombardiers apparaissent les chasseurs qui piquent vers ce bétail humain, en un carrousel géant et qui achèvent à la mitrailleuse la besogne de mort. »

« De Lisieux et de Caen il ne reste plus pierre sur pierre », annonce un article du même numéro. Les bombardements ont provoqué d'innombrables dégâts dans les deux villes. Dans La Croix, le 13 juin, on déplore « le martyre des villes françaises » en dénombrant les églises détruites.

« L’abbaye de Saint-Étienne construite par Guillaume le Conquérant vers 1000 peut être considérée comme perdue. L'église abbatiale de la Sainte-Trinité a été endommagée. À Bayeux, une partie de la cathédrale et de vieilles maisons historiques ont été détruites. L’église romane de Sequeville a subi le même sort. »

L'Œuvre ajoute le 15 :

« À Caen, la situation est catastrophique. On compte dans la grande ville environ 3 000 morts. Les deux-tiers de la cité ont été démolis ou incendiés. La majorité des habitants ont fui dans la campagne. Il ne reste 7 000 habitants réfugiés dans les sous-sols du lycée Malherbe, encore debout, ainsi que l'hôpital Saint Sauveur. »

Le chiffre des morts est exagéré, le reste est véridique. Les civils, pris entre les bombes alliées et entre les tirs croisés des panzers allemands et des Sherman du commandant Montgomery, sont totalement désemparés. Dans la cathédrale Saint-Étienne, 2 000 personnes couchent sur la paille, ignorant tout de la situation militaire. Au lycée Malherbe, les abris, prévus pour 600 personnes, en accueillent 4 000.

 

L’Ouest-Éclair retranscrit le témoignage du Secrétaire général du Secours national, qui livre une description « dantesque » de la situation :

« À Caen, les deux-tiers de la ville sont démolis […]. La situation y est terrible […].

 

Il n'y a plus de ravitaillement. Les récoltes sont détruites dans toute la campagne environnante. Il n'y a plus de lait pour les enfants. Il n'y a plus d'argent, les banques sont détruites. Il n'y a plus de cercueil et on enterre les morts dans la fosse commune. »

Le 22 juin, Le Progrès de la Côte-d'Or fait un premier bilan des destructions en Normandie :

« Le calvaire des villes normandes ravagées par les “libérateurs”

 

« Depuis le 6 Juin, les armées anglo-américaines se battent en Normandie. On connaissait la destruction totale de Caen et de Lisieux. On pressentait l’anéantissement de Saint-Lô. Voici qu’ont disparu Argentan, Falaise, Fiers, Domiront, Briouze, Vire, Condé-sur-Noireau, Ecouché et Vimoutiers est déjà aux trois-quarts rasé.

 

L'histoire de la plupart de ces villes normandes se confondait avec l'histoire de la France. Elles avaient participé, selon leur importance et selon le caractère des événements auxquels elles avaient été mêlées, à un grand nombre de nos gloires et de nos vicissitudes. De toutes ces villes, il ne reste rien que des monceaux de pierres qui fument sous le ciel. »

La ville de Caen en ruines, 10 juillet 1944 -source : WikiCommons-US Government Library

Le 7 juillet, 460 bombardiers Lancaster et Halifax, envoyés par Montgomery, larguent de nouveau 2 500 tonnes de bombes sur la ville. Puis l'Opération Goodwood est lancée : 7 000 tonnes de bombes et 250 000 obus viennent à bout de la résistance allemande. Le 10 juillet, La Gazette de Bayonne l'annonce : « Les Anglo-Américains se sont emparés de Caen ». La ville ne sera totalement reprise que le 19 juillet.

 

Mais elle n'est plus qu'un immense champ de ruines. Les trois-quarts des édifices de la capitale normande sont détruits, et environ 2 300 personnes ont péri dans les bombardements. Un traumatisme dont la cité mettra beaucoup de temps à se remettre.

 

La reconstruction de Caen, commencée en 1947, ne sera achevée qu'en 1963.