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Le Fin de siècle, 6 octobre 1895

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Le Fin de siècle
6 octobre 1895


Extrait du journal

Je crois que tout mon œuvre est là pour prouver irréfutablement le goût très vif que j’eus toujours pour cette agréable besogne qui consiste à coucher avec les femmes de ses amis. Ce n’est pas, comme on l'insinue aussi méchamment que bête ment, parce que ça ne coûte rien ; ça coûte toujours quelque chose. Mes amis étant d’ordinaire gens distingués, leurs femmes ont généralement des habitudes, des besoins de luxe et de confort dont je suis obligé de tenir compte. Cela me force à avoir un petit train de maison, — appar tement convenable, divans moelleux, lit profond et large, théière, porcelaines, ar genterie, etc., ce qui représente une assez jolie somme, comme frais de première installation. Sans compter un valet de chambre correct et bien stylé ; sans parler d’une voiture au mois à laquelle j’ai dû même, pas plus tard qu'hier, faire mettre des roues en caoutchouc, la dame aimée ne pouvant supporter les cahots ; je suis convaincu que — abstraction faite de leurs qualités morales et physiques — les femmes de mes amis ne me font pas faire d’économies appréciables... Mais on a beau dire et beau faire, les femmes de nos amis ne suffisent pas toujoursàcomhlerTes aspirations de notre à me. Ainsi, je m’étais lié, autrefois, avec un brave homme d’épicier, mon voisin, bête comme un cochon, d’ailleurs, mais qui avait pour épouse une délicieuse boulotte, si belle et si copieuse qu’il lui était maté riellement impossible d’entrer dans la caisse où elle aurait dû trôner tout le joui : condamnée à l’inactivité, elle ac cepta avec joie quelques parties de plaisir <(iie je lui offris. Eh bien! vous me croirez si vous voulez : cette épicière qui ne pou vait pas s’occuper de son épicerie, qui s’en fichait, du reste, incommensurahlement, qui me parut même un jour, dans le bois de Meudon, avoir une à me idyllique, — cette épicière, dis-je, si peu épicière qu’elle fût, se conduisait tout le temps en épicière. Son crétin de mari ne lui avait pas appris autre chose Et alors, dans ces circonstances péni bles, ou est bien obligé, bon gré, mal gré, si on ne veut pas devenir soi-même un fâcheux épicier, d’aller trouver des com merçantes qui vendent autre chose que de l’épicerie. Seulement l’épicerie étant le plus vul gaire de tous les commerces, il est légi time qu’on ne paie pas les consommations qu’on prend chez la belle épicière, sur tout quand on est le bon ami du crétin d’épicier; ça vous permet d’être plus large et moins regardant quand le besoin se fait impérieusement sentir d’aller con sommer autre chose. Et voilà pourquoi, voilà comment je comprends, de temps en temps, les amours vénales. P. FALSTAFF....

À propos

Fondé fin 1890 par François Mainguy et René Émery, Le Fin de siècle était un journal mondain bihebdomadaire. Lorsqu’il paraît, il sort immédiatement de la masse en vertu de son style badin et de l’érotisme à peine voilé de ses dessins. En 1893, son « bal Fin de siècle » fait scandale à cause de la tenue très légère de certaines de ses convives. Quelques années plus tard, en 1909, le journal devient Le Nouveau Siècle. Il disparaît en 1910.

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