Écho de presse

Le protectorat français du Cambodge

le 29/05/2018 par Pierre Ancery
le 04/07/2017 par Pierre Ancery - modifié le 29/05/2018
Cambodge, province de Pursat, le gouverneur Suos et un groupe d'enfants ; 1896 - source Gallica BnF

La signature du traité de protectorat, le 5 juillet 1863, marque les débuts de la présence française au Cambodge. Le pays n'obtiendra son indépendance qu'en 1953.

Au XIXe siècle, le Royaume du Cambodge est pris entre deux feux : d'un côté, le Royaume de Siam (actuelle Thaïlande), qui l'a amputé de ses provinces occidentales, notamment Angkor, lui impose sa suzeraineté. De l'autre, l'empire d'Annam (actuel Vietnam) le menace en permanence. Pour sortir de l'étau formé par ses deux voisins, le roi du Cambodge Norodom Ier, monté sur le trône en 1860, va demander la protection d'une puissance étrangère qui s'intéresse justement à la région : la France.

 

Cette dernière ne se fait pas prier et, le 5 juillet 1863, le roi du Cambodge signe un traité de protectorat que le vice-amiral de La Grandière, gouverneur de la Cochinchine, est venu lui apporter. Le journal La Presse, dans un article paru le 1er décembre, ne fait pas mystère des avantages que la France va tirer de cette signature :

 

"Cet acte comprend deux dispositions principales. La première reconnaît la suzeraineté de la France comme étant aux lieux et place de la cour de Hué. […] La seconde accorde à la France le droit de former un établissement dans le Cambodge, sur le Mei-Kong [...]. Le traité qui vient d'être conclu avec le roi du Cambodge est, à tous égards, un acte important et avantageux. Il consolide notre navigation sur la Basse-Cochinchine, et il nous rend maître d'une région vaste et riche qui, se gouvernant elle-même, nous soustrait aux difficultés que présente toujours la nécessité d'administrer avec des éléments étrangers un pays conquis par les armes."

 

Avec ce traité, le Cambodge s'interdit toute relation avec une puissance étrangère sans l'accord de la France. Les sujets français obtiennent le droit de libre circulation, de posséder des terres, d'être jugés par un tribunal mixte. Un résident général s'installe dans la capitale Phnom-Penh. Autre objectif pour la France de Napoléon III : empêcher les Anglais, déjà soupçonnés de contrôler le Siam voisin, de s'installer dans la région.

 

À la même époque, la presse s'intéresse au Cambodge, pays mal connu des Français et qui n'est plus, d'après le Journal des débats politiques et littéraires du 24 septembre, "qu'une principauté faible et tombant en ruine". Le 9 octobre, Le Petit Journal, dans un article consacré à Norodom Ier, écrit :

 

"Le souverain est installé et logé d'une manière qui rappelle assez exactement celle des grands rois nègres. Il n'a pas plus de vingt-cinq à vingt-six ans, offre le type de la race jaune avec une expression de vive intelligence. Le groupe de maisons qui composent sa résidence, je n'ose dire son palais, est bâti sur pilotis, usage général dans le Cambodge. Le toit est couvert en paille, sauf quelques annexes couvertes d'ardoises, par un luxe royal ici. Ce monarque a plus de femmes que d'années, il n'en a pas moins de quarante, mais il n'a qu'un petit nombre d'enfants. La polygamie, dont le prince n'est pas le seul à user, est une des causes principales et fatales du chiffre restreint de la population, sur un territoire aussi étendu et aussi favorisé par la nature."

 

 

À partir de 1864, une administration indirecte du pays par la France se met en place. Entre 1885 et 1886, une révolte a lieu : elle est implacablement réprimée par le pouvoir français. Le Cambodge, désormais une colonie de fait, est intégré de force à l'Indochine française en 1887. Le pays n'obtiendra l'indépendance complète qu'en 1953.

 

Notre sélection de livres

Histoire sommaire du royaume de Cambodge
Henri Russier
Possessions françaises dans l'Indo-Chine
Léonce Détroyat
Le Second Empire en Indo-Chine
Charles Meyniard
L'Indo-Chine française
G. J. B. M. Magnabal