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Une rentrée particulière : vers une école pétainiste en septembre 1940

Témoignage du revirement mental apparu à la suite de l’armistice, Le Petit Journal publie à la rentrée scolaire 1940 un carnet de route de ce que devrait être l’enseignement français à l'aune de la « Révolution nationale ». Au programme : patriotisme, respect des aînés, et surtout : se débarrasser des instituteurs de gauche.

PétainRévolution nationaleécoleenseignementEnseignantsrentrée des classesrentrée scolaireLe Petit Journal

Ecrit par

Le Petit Journal

Publié le

28 août 2025

et modifié le 28 août 2025

Image de couverture

Photo d'enfants surmontée du célèbre slogan pétainiste "La Terre ne ment pas", Le Petit Journal, 1940 - source : RetroNews-BnF

Témoignage du revirement mental apparu à la suite de l’armistice, Le Petit Journal publie à la rentrée scolaire 1940 un carnet de route de ce que devrait être l’enseignement français à l'aune de la « Révolution nationale ». Au programme : patriotisme, respect des aînés, et surtout : se débarrasser des instituteurs de gauche.

Tout s’est passé très vite au début de l’année 1940. Après la débâcle des armées françaises puis l’armistice conclu in-extremis entre Pétain et Hitler au printemps, la France « coupée en deux » s’engage de plain-pied dans la collaboration avec l’occupant nazi. Tandis qu’au sud on hisse les flambeaux en chantant les louanges de la « Révolution nationale », à Paris la rentrée scolaire s’organise sous le regard scrutateur national-socialiste.

Dans un contexte où affliction et rancœurs peuplent chacun des discours publiés et retransmis et où, déjà, communistes et Juifs font figure de renégats, la presse parisienne se met au diapason. Très conservateur jusqu’alors, Le Petit Journal devient ouvertement pro-allemand à compter de l’été. Tandis que nos gentilles têtes blondes regagnent leurs pupitres début septembre, Daniel Desmeules, « agrégé de l’université », rédige pour le titre un pamphlet en faveur d’une « nouvelle école » évidemment « purifiée » de ses éléments perturbateurs, champions de l’enseignement « antipatriotique et anticlérical » qui se serait « épanoui depuis 1936 » et l’arrivée au pouvoir du Front Populaire. 

L’heure est à la mise au pas. Et instituteurs comme élèves n’auront d’autre choix que de s’y soumettre.

– 

LA QUESTION DES INSTITUTEURS

La rentrée scolaire, on a, dans chaque école, parlé de la France, après avoir salué la mémoire des morts de la guerre…

Sachant le gouvernement très désireux d'avoir toute la collaboration du monde universitaire, j'imagine donc qu'il lui en a coûté d'avoir à prescrire une mesure qui aurait dû spontanément, être prise partout. 

C'est que se pose, avec acuité, le pénible problème du personnel de l'enseignement de l'Etat et, plus spécialement, celui des maîtres primaires. Qu'on n'en doute pas : de nombreux instituteurs ne demandent qu'à ramener la Patrie à l'école pour que celle-ci redevienne l'école de la France.

S'ils l'ont négligée, jusqu'ici, ç'a été, chez les uns, simple respect humain, comme chez ces anciens combattants de l'autre guerre qui avaient la pudeur de leurs souvenirs au point de paraître l'avoir oubliée. Chez d'autres, hélas ! ç'a été le souci de l’avancement. Car l'enseignement est devenu une carrière plutôt qu'un sacerdoce. « Arriver » a, pour beaucoup, primé toute autre considération. Qu'on leur prescrive de penser à la Patrie meurtrie, ils ne demandent pas mieux...

Qu'on nous débarrasse de tous ces gens qui ont mal servi la France quand le patriotisme était considéré comme ridicule et rétrograde, entend-on dire à chaque instant. Et on ajoute que le pays n'a que faire des ouvriers de la onzième heure... Je sais bien que la France traversa la pire des crises morales et que l'idéal serait dans une réfection totale des cadres scolaires. Seulement, il faut voir les choses objectivement, comme on a l'habitude de le faire dans le P. J.

***

Le fait, évident pour quiconque a quelque connaissance des questions universitaires, est qu'on ne purifiera pas du jour au lendemain l'atmosphère qui règne depuis trop longtemps dans l'Université. 

On peut demander au ministre de l’Intérieur de changer ses préfets parce, qu'il y a, dans la Nation, assez d'individualités brillantes et inoccupées, désireuses de servir dans des postes où la culture, l'esprit de synthèse, la rapidité d’assimilation et l'intelligence sont encore plus utiles que les pures connaissances techniques. Il suffit de quelques poignées d'hommes.

Mais le problème de l'école primaire est autre. Ce ne serait pas une politique que de réclamer le départ massif des adhérents du Syndicat national des instituteurs. Il y a plus de 130 000 postes !... L'énorme majorité des titulaires serait à rejeter alors que la guerre a encore éclairci les rangs d'une faible et courageuse minorité. A la question de savoir si l'on a les moyens de faire une université toute neuve, je réponds sans hésiter : non.

Qu'il y ait une foule de cas particuliers à trancher impitoyablement, c'est l'évidence. Mais ne faisons pas un vain procès de tendance à une collectivité, même défaillante. 

C'est pourquoi, dans ce premier aspect du problème du personnel primaire, je conclus qu'il y a lieu, par la force des choses, de conserver la plupart des gens en place.

Ce qui me paraît beaucoup plus faisable et indispensable, encore que malaisé, c'est la formation des nouveaux maîtres. Le législateur du XIXe et l'administrateur du XXe siècle ont voulu que l'instituteur fût l'une des bases du régime, et l'idée n'est pas à rejeter : nous l'adoptons même, en un sens, puisque nous donnons une énorme importance à la question scolaire. 

Mais nous rejetons la conception de l'instituteur champion de l'anticléricalisme et de l’antipatriotisme : à nous de changer l'atmosphère des Ecoles normales primaires.

***

Savoir si lesdites écoles doivent être radicalement supprimées ou seulement ramenées à un rôle plus modeste dont la formation du maître primaire est d'ordre technique. Cela suppose résolu le problème de la réforme, non encore ébauchée, des programmes scolaires.

Ce qui importe ici, c'est que, avant de lui confier le soin d'instruire les très jeunes, c'est-à-dire les plus candides et les plus influençables, on donne à l'instituteur des idées autres que celles qui fleurissent depuis cinquante ans, se sont épanouies en 1936 et ont amené le beau résultat que l'on sait.

Inutile de rien tenter dans ce domaine si l'on ne bouleverse très résolument les anciennes méthodes de formation morale et intellectuelle.

***

Avoir formé le nouveau maître ne suffit pas. Il faut encore lui donner des conditions de vie honorables. Mais oui ! Fatalité ou non, les instituteurs de ce pays ont presque constamment été les adversaires acharnés et puissants du régime politique français. Leur part a été énorme dans la chute de la monarchie au XIXe siècle, dans la lutte contre le IIe Empire, dans les grandes batailles politiques de la IIIe République. Parce qu'ils ont joué un rôle considérable dans le régime qui vient de s'écrouler, comprenons bien qu'ils n'en ont tiré que d'infimes profits matériels.

Rien n'est plus injuste que la légende du pédagogue grassement payé. Si certains ménages, à la campagne, ont eu la « belle vie », l'instituteur de la banlieue rouge gagnait souvent deux ou trois fois moins que l'ouvrier qui le suivait. 

Les vacances ? Les jeudis ? Mais, ces jours-là où l'instituteur chôme parce que c'est une loi qu'il n'a ni faite, ni demandée, ces jours-là, il faut vivre comme les autres jours. Qu'on ne dresse pas les nouveaux maîtres primaires contre la France nouvelle. Plus qu'un crime, ce serait une faute.

***

Un personnel honnêtement payé, honorablement considéré, correctement formé ; un large appel à d'anciens serviteurs dont la compétence professionnelle n'a guère été discutée ; une épuration limitée à ce qui est juste, telles me paraissent être les premières conditions d'une réforme du personnel primaire. Premières conditions pour remettre la machine en route, qu'on le comprenne bien.

En fait, le problème a de multiples aspects. Je n'ai parlé que de l'enseignement de l'Etat. Il y a peut-être à tenter une collaboration du « privé » avec le « public » ou un partage des besognes, là au moins où la concurrence est également désastreuse pour les deux. Il y a des écoles à fermer et d'autres à ouvrir. Il y a une foule de choses fécondes à entreprendre si l'on veut que l'école soit vraiment une des bases de la nouvelle France.

Mots-clés

PétainRévolution nationaleécoleenseignementEnseignantsrentrée des classesrentrée scolaireLe Petit Journal
LPJ

Ecrit par

Le Petit Journal

Fondé en 1863 par Moïse Polydore Millaud, Le Petit Journal était un quotidien parisien républicain et conservateur parmi les plus populaires sous la troisième République. Le journal jouit vite d’un succès commercial sans précédent, renforcé par la publication de divers suppléments, parmi lesquels son célèbre « supplément du dimanche » ou encore Le Petit Journal illustré. La publication s’achève à l’orée de l’année 1944, s'étant largement compromise sous l'Occupation.

Voir la fiche complète du Petit Journal sur RetroNews.

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