PRÉCÉDENT

Le Figaro, 9 juillet 1854

SUIVANT

URL invalide

Le Figaro
9 juillet 1854


Extrait du journal

posture et l'occupation préservatrices du tonnerre sont encore à trouver. Voici seulement une dernière objection : ~les gens de la campagne, qui ont la funeste habitude de se mettre à l'abri sous, les arbres, sont bien loin d'être aussi forts que les journaux eh météorologie*, j'ai même connu des paysans qui ne savaient pas ce que signifiait ce mot météorologie ;—mais ces enfants de la nature ne sont dépourvus ni d'instinct, ni d'observation, et toutes les fois que je leur ai demandé pourquoi ils ne se conformaient pas au conseil du journal qui interdit de s'approcher des arbres en temps d'orage, ils m'ont toujours répondu, eh se grattant la tête : « Dame ! notre bourgeois, je voudrions » ben ne pas aller sous les arbres, puisque ça fait de la » peine à ces messieurs du journal, — mais c'est que, de» puis vingt ans, il y a eu dans le pays douze pérsonnés » tuées par la foudre, et toutes ont été frappées en pleins » champs, — c'est donc pas déjà si sain de ne pas aller » sous lès arbres. » ....... Interrogez les gens qui ont habité la campagne : il n'en est pas un qui n'ait entendu le même langage. — Per sonnellement, je n'ai pas d'opinion sûr la question, et j'abandonne le débat aux parties intéressées, les bergèrs et les journalistes du grand format.— Mais l'orage est passé, et nous sommes tous comme les marins, oublieux après la tempête.;— Il y a en ce moment un autre fléau, dont on ne parle qu'à voix basse, et dont l'intimidation s'accroît de tout le soin qu'on prend de ne pas le reconnaître officielle ment, — c'est, — mon Dieu ! les paroles ne tuent pas,— c'est le choléra. — Puisque les journaux sérieux ne s'avi sent pas de rassurer un peu les populations par une explication franche qui, en faisant la part du diable, amor tirait des terreurs absurdes, la chronique de Figaro va s'en charger, d'après des renseignements puisés aux meilleures sources. — Oui, il y a du choléra, mais il y en a toujours eu, et depuis 1832 le choléra est passé à l'état endémique. —Ce qui est vrai, c'est que le choléra, s'attachant en ce moment à toutes les natures débilitées, apporte son appoint aux causes morbides, mais il n'est pas vrai que sa puis sance foudroyante s'attaque aux constitutions saines pour les briser en quelques heures. — Ceci clit, je ne suis pas bien sûr d'avoir complètement rassuré les natures débili tées. — Maintenant, je n'interdis pas aux natures débili tées d'é se persuader que rien ne préserve mieux du choléra qu'une santé frêle et chancelante. — Odry, dans les deux dernières années de sa vie, avait eu deux atteintes: terribles de fièvre typhoïde.— Je le rencontrai un jour au printéthps, frais, rose et épanoui comme le printemps luimême. , « — Eh bien, lui dis-je, père Bilboquet, comment ça » va-t-il ? « — Mais très-bien, me répondit-il,—j'ai trouvé te truc, » — je fais chaque année une maladie mortelle, — c'est » très-sain... » Chacun s'en tire comme il peut; et vous savez la remar que terrible et profonde du fossoyeur qui enterrait lés i morts après la bataille. « — Mais, malheureux, lui dit un des officiers qui sur» veillaient cette sinistre besogne, tu viens de pousser i » dans la fosse un homme qui respirait encore ! » — Ah ! monsieur, répliqua le fossoyeur, on voit bien » que vous n'avez pas, comme moi, l'habitude — Si » on les écoutait, il n'y en aurait jamais un de mort. » Hélas ! on a beau se défendre, aspirer à la vie, sinon la respirer encore, le lugubre valet de la mort n'accomplit pas moins sa fonction, — on pourrait même dire qu'il y met du zèle. —Un jour deux vauriens de vaudevillistes avisent aux Champs-Elysées un croque-mort qui revenait à vide. , u — Cocher, avez-vous de la place? dit l'un d'eux, en » faisant le signe usité pour les omnibus. » — c'est bon, c'est bon, — répliqua le croque-mort, » votre tour viendra, — et ne faites pas tant les malins, » j'en ai enterré de mieux portants que vous. » Une autre fois, c'était à la Martinique, en temps de fléau, — d'immenses voitures parcouraient la ville por tant des centaines de victimes au cimetière.— Un nègre, compris Un peu légèrement dans une hécatombe, parvint à se dégager de ses camarades, et se mit à sauter leste ment à terre. « — Arrêtez ! se mit à crier le scroque-mort, arrêtez 1 » mon mort qui se sauve*..,»...

À propos

En 1854, quatorze ans après la disparition du petit journal subversif du temps de Charles X, Hippolyte de Villemessant relance Le Figaro. Paraissant d’abord sous la forme d’une petite feuille de chou littéraire, Le Figaro absorbe L’Événement en 1866 pour devenir, sans transition, le grand quotidien conservateur que l’on connaît. Dès les années 1880, il abandonne la cause du monarchisme pour adhérer aux principes républicains.

En savoir plus
Données de classification
  • figeac
  • luguet
  • boyer
  • geoffroy
  • thibaudeau
  • ugen
  • dormeuil
  • dutrëillis
  • de rothschild
  • gluck
  • paris
  • ney
  • vaudeville
  • neptune
  • terre-neuve
  • martinique
  • europe
  • france
  • séville
  • m. b.
  • bayard