PRÉCÉDENT

Le Figaro, 14 novembre 1931

SUIVANT

URL invalide

Le Figaro
14 novembre 1931


Extrait du journal

Les télégrammes de Berlin annoncent que le gouvernement allemand, sou tenu par les Etats-Unis, la GrandeBretagne et l'Italie, réclame une com plète et définitive solution du problème des répara tions, c'est-à-dire leur annulation. Ainsi se forme contre la France une coalition qui serait redoutable, si nous n'avions le moyen de la rompre et même d'en reconstituer une autre à notre profit. ; Pour déjouer la manœuvre de Berlin, il nous suffirait d'aller au-devant de ses désirs et dé les dépasser un peu. On y insiste pour que le Comité consultatif du plan Young évoque l'ensemble des dettes allemandes, avec l'intention avouée de sacri fier la dette-réparations aux dettes privées. Sur ce -terrain, nous pouvons être encore plus larges et -ré clamer l'examen non seulement des dettes alleman des,, mais aussi de nos dettes envers les Etats-Unis •t l'Angleterre. Malgré les efforts de nos créanciers pour dissocier, en droit, les deux problèmes, leur liaison de fait est évidente, même au point de vue où ils se placent exclusivement, celui de notre capa cité de paiement, laquelle Serait gravement affectée par la défaillance de notre débiteur allemand. Ces dettes interalliées empoisonnent les. rapports des ex-alliés dont elles font un peu des adversaires, comme le sont toujours débiteurs et créanciers. Après avoir envoyé leurs armées en France où elles ont héroïquement combattu pour le même idéal de jus tice et de liberté, selon la phraséologie d'alors, nos amis américains nous ont envoyé leurs huissiers, ce qui a encouragé Berlin à se moquer des nôtres. Après avoir versé fraternellement notre sang pour la même cause, nous versons unilatéralement notre or. Entre peuples aussi, les histoires d'amour finis sent quelquefois par des histoires d'argent, et les billets doux ont pour épilogue du papier timbré. Ces dettes empoisonnent aussi le monde, y com pris les Etats-Unis qui en sont seuls responsables, l'Angleterre ayant déclaré, par la note Balfour, qu'elle ne demande à ses débiteurs que les sommes exigées d'elle par «on créancier américain. L'Europe fcpnvaléscente tfaprès-guerre succombe sous ce fardeau et, en vertu de l'interdépendance économique du monde, sa faiblesse se communique aux EtatsUnis eux-mêmes. Mais la France est plus dange reusement atteinte que tout autre pays : elle l'est dans les réparations obérées par les dettes ; et elle l'est dans sa sécurité, les dettes livrant une lourde hypothèque sur notre politique générale aux EtatsUnis qui s'en .servent pour nolis imposer lé désar mement. Telle est la chaîne infernale qui rive l'Eu rope aux Etats-Unis qui, jusque dans ces derniers temps, en tenaient aussi l'autre bout par les crédits dont ils avaient le monopole. Mais voici que, désormais, c'est la France qui est la dispensatrice des crédits. Les Etats-Unis n'ont plus entre les mains que le premier anneau de la chaîne, celui des dettes. Or, dans un livre intitulé : Sam, à votre, tour, payez (1), M. André Chéradame entreprend de prouver que cet anneau n'est pas plus solide que l'autre. Sa démonstration est impressionnante, car elle repose tout entière sur la législation américaine, sur des documents officiels américains et sur les avis conformes d'auteurs américains. Il en résulte que pour les services qui leur ont été rendus p^r leurs associés européens en tenant Je front pendant le temps qui s'est écoulé entre leur déclaration de guerre à l'Allemagne et le jour où ils Ont été à même de la faire autrement que par leur argent, les Etats-Unis doivent un solde de 27.922.009 dol lars à la Belgique, de 761.278.459 à la France, et de 855.352.906 à l'Italie. Voici un sujet de con versation entre M. Hoover et M. Grandi, et un terrain d'entente entre les deux sœurs latines ainsi qu'entre tous les ex-alliés. Tous les contribuables français devraient lire ce livre qui . leur donne une recette pour se libérer du tribut payé aux Etats-Unis et même pour en rece voir un « solde substantiel », selon l'expression du plan Young. N'y aurait-il pas là de quoi justifier un nouveau voyage de M. Laval à Washington afin de régler amicalement avec M. Hoover les dé lais à accorder aux Etats-Unis pour s'acquitter en vers nous, en tenant compte, selon leur principe, de « leur capacité de paiement » ?...

À propos

En 1854, quatorze ans après la disparition du petit journal subversif du temps de Charles X, Hippolyte de Villemessant relance Le Figaro. Paraissant d’abord sous la forme d’une petite feuille de chou littéraire, Le Figaro absorbe L’Événement en 1866 pour devenir, sans transition, le grand quotidien conservateur que l’on connaît. Dès les années 1880, il abandonne la cause du monarchisme pour adhérer aux principes républicains.

En savoir plus
Données de classification
  • voltaire
  • taittinger
  • léon blum
  • goethe
  • hoover
  • briand
  • lamoureux
  • beaumarchais
  • monnet
  • montarrôn
  • france
  • allemagne
  • paris
  • berlin
  • young
  • reich
  • londres
  • japon
  • afrique
  • alsace
  • armée française
  • société des nations
  • nuremberg
  • quai d'orsay
  • sénat
  • comité d'experts
  • banque de france
  • b. r.
  • académie française