Le Grand Ouragan d'octobre 1780 - Presse RetroNews-BnF

Le Grand Ouragan d'octobre 1780

Publié le 08/09/2017
Auteur: 
Julie Duruflé
Carte d'une partie de l'Amérique septentrionale, 1744 - Source Gallica BnF


1780, un ouragan dévaste les caraïbes. Lorsque les informations parviennent à la presse française, deux mois se sont écoulés et rien ne laisse penser qu'il s'agit de ce qu'on retiendra des siècles plus tard comme le "Grand Ouragan".

10 octobre 1780, l'ouragan qui frappe les zones des Petites Antilles, de Porto Rico, de Saint-Domingue et des Bermudes est considéré encore aujourd'hui comme l'ouragan le plus meurtrier survenu dans l'Atlantique. Plus de deux mois après les faits La Gazette du 5 janvier 1781 décrit la trajectoire de l'ouragan selon les informations que lui a transmit un paquebot "resté aux Indes occidentales jusqu'au 26 octobre" :

"Cet ouragan, [...] a duré huit jours & [...] s'est fait sentir dans toutes les isles sous le Vent du plus au moins. Les plantations de Saint-Christophe n'ont pas été fort endommagées, mais toutes les marchandises qui se trouvoient dans les magasins ou les celliers situés près du rivage, & exposés par la proximité de la mer à la fureur des vagues, en ont été la proie. [...] l'ouragan s'est fait sentir jusqu'à la Barbade."

Le 2 janvier 1781, La Gazette publiait parmi ses nouvelles d'Angleterre :

"Tout Londres est dans la consternation sur la nouvelle de l'Ouragan qui, du 10 au 18 Octobre, a fait tant de mal à notre Flotte, dont le départ étoit fixé du 15 au 20, & à nos isles même. Les assureurs tremblent d'apprendre encore un surcroît de perte qui ne pourroit qu'achever leur ruine."

En pleine guerre d'indépendance des États-Unis, les pertes s'annoncent potentiellement lourdes pour les flottes françaises et anglaises qui s'opposent alors pour le contrôle de la zone. La Gazette du Commerce du 2 janvier rapporte de Londres deux nouvelles successives qui soulignent davantage encore l'atteinte portée à la marine anglaise. D'un côté l'effectif des troupes américaines :

"Suivant un état publié en Amérique des forces du Congrès, elles consistoient [...] en 115.177 hommes de Troupes réglées, Infanterie ; 3122 d'Artillerie, 1842 Hussards, 395-598 de Milice, 1969 Cavaliers ; total général, 571.500 hommes"

De l'autre, l'incertitude des Anglais quant aux dégâts sur leur flotte :

"On apprend que plusieurs des navires de la Flotte de la Jamaïque, ont eu le malheur de périr ; il en rentre successivement quelques-uns dans nos Ports. L'Elisabeth, de 74 canons, entra le quinze du mois dernier, à Portsmouth, dans l'état le plus déplorable. [...] Tout son équipage estoit malade, & il n'avoit pas moins de 5 pieds d'eau dans la cale. [...]
On attend encore le Sultan & le Lion, dont on n'a point de nouvelles. Le dernier surtout donne beaucoup d'inquiétude."

Le 16 janvier, La Gazette annonce "qu'aucun des Vaisseaux qui manquoient depuis le dernier ouragan n'avoit encore reparu".

Un premier bilan est finalement publié dans La Gazette du 26 janvier. Il est bref, et étonnement il réévalue à la baisse l'impact de l'ouragan :

"On est informé aujourd'hui que les rapports venus de Londres, concernant les ravages que l'ouragan du 11 Octobre auroit fait dans l'isle Saint-Eustache sont au moins exagérés. Un particulier parti de la Grenade le 21 Octobre, & qui a touché le 30 Saint-Eustache, rapporte que tout y paroissoit alors en bon ordre ; que cette isle avoit peu souffert, n'y ayant qu'un petit Bateau jeté à la côté & quelques magasins renversés."

Si l'ouragan d'octobre 1780 ne fait pas les Unes de la presse française malgré son extraordinaire violence (22 000 morts déclarés, des vents jusqu'à 320 km/h), c'est qu'il s'inscrit à l'époque dans le récit presque quotidien des catastrophes et autres tempêtes qui perturbent régulièrement les opérations militaires et commerciales outre-Atlantique.


Découvrez aussi

40 morts, un seul survivant. En 1936, les disparitions du navire et de l'explorateur Jean-Baptiste Charcot suscitent une immense émotion en France.
10 septembre 1896, "un tourbillon dévastateur est passé sur la ville de Paris". La tornade qui s'est abattue sur la capitale a semé la désolation dans les rues parisiennes.
Le 15 avril 1912, le Titanic coulait. Les unes de la presse française du lendemain sont plutôt étonnantes...
En 1937, le dirigeable allemand Hindenburg tue 36 de ses 100 passagers. Le crash, relayé par des reportages radio et des photos dramatiques, met fin à la courte ère des zeppelins.
Depuis mardi, la Seine a débordé de son lit. On est toutefois encore loin de la terrible crue de 1910, le plus important débordement connu de la Seine après celui de 1658.
Cette frégate s'échoua en 1816 au large de la Mauritanie. 135 personnes mourront sur le radeau construit dans la hâte le lendemain. Cette tragédie bouleversa l'opinion.
ScrollTop
Loading…