Écho de presse

La visite triomphale du tsar Nicolas II

le 29/05/2018 par Pierre Ancery
le 28/05/2017 par Pierre Ancery - modifié le 29/05/2018
Le tsar et la tsarine à Paris, vue depuis la Chambre des députés, atelier Nadar ; 1896 ; source Gallica BnF

Du 5 au 9 octobre 1896, l'empereur russe Nicolas II fait une visite exceptionnelle à Paris. Un triomphe populaire qui est aussi l'occasion de consolider l'alliance entre les deux pays.

5 octobre 1896. Le tsar Nicolas II et la tsarine Alexandra Fedorovna, en visite officielle au peuple français, accostent à Cherbourg, où ils sont accueillis par une revue navale. Le président de la République Félix Faure accueille le souverain. L'événement est historique : toute la presse est au rendez-vous.

 

La Presse consacre à l'arrivée du tsar sa une du 6 octobre, avec tous les détails de l'accostage :

 

"À trois heures, les manœuvres d'accostage sont terminées. Les souverains débarquent et sont reçus par M. Félix Faure qui, très visiblement ému, baise la main de l'impératrice et serre la main du tsar en prononçant quelques mots de bienvenue, pendant que la musique de l'« Étoile-Polaire » joue la « Marseillaise » et que la musique de la flotte exécute l'Hymne russe. Toutes les troupes présentent les armes. Les acclamations grandissent d'instant en instant."

 

Le lendemain, le couple impérial est à Paris : pendant trois jours, la visite de l'empereur de Russie, vécue comme un événement exceptionnel par les Français, sera un immense triomphe populaire. La presse n'en rate pas une minute. Et n'hésite pas à en rajouter...

 

Après son arrivée gare du Ranelagh, le tsar descend les Champs-Élysées sous les acclamations de la foule. Le Gaulois du 7 octobre décrit la scène :

"Dix heures dix ! Des coups de canon retentissent ; c'est le moment de l'arrivée. Remous dans le public. Cinq à six cent mille personnes sont massées sur l'avenue des Champs-Élysées […] Mais voici, précédée de Monjarret, la voiture impériale. Le Tsar se tourne à droite, à gauche, visiblement ému et impressionné de cette foule compacte, respectueuse, qui l'acclame avec dignité. L'Impératrice, en blanc, se penche vers M. Félix Faure, qui semble lui désigner l'arc de l’Étoile et faire à la jeune et élégante souveraine, l'historique de l'Arc de Triomphe. On surprend sur les lèvres de l'Impératrice un « oh ! » d'admiration et aussi de joie à la vue de cette foule respectueuse, élégante, qui, par dessus les baïonnettes des soldats, fait retentir ses vivats !"

 

Le soir, le tsar se rend à l'Opéra. Le lendemain, il visitera Notre-Dame, le Panthéon et les Invalides, avant d'assister à la pose de la première pierre du pont Alexandre III, nommé d'après le père de Nicolas II, artisan de l'alliance franco-russe ratifiée le 4 janvier 1894.

 

Le Matin du 8 octobre restitue l'ambiance fébrile qui règne à Paris, où l'on est venu en nombre pour assister au passage du souverain :

 

"On peut dire, sans aucune exagération, que la population de la capitale a doublé dans ces trois jours de fête. Les Parisiens sont submergés par l'inondation des étrangers et des provinciaux.

On ne saisit plus au vol que des lambeaux de parlers exotiques ou de patois. On voit s'entasser devant les magasins de photographies, les devantures des marchands de curiosités, d'objets d'Orient ou de bazars de toute espèce, des foules ébahies, étonnées de la nouveauté d'objets dont la banalité trop familière écœure le passant parisien. Certainement, la venue du tsar et de la tsarine a fait vider nombre de bas de laine et obligé les familles les plus lointaines et les plus sédentaires à entreprendre, pour la première et unique fois, le voyage à la ville merveilleuse. Quelle douceur, quelle naïveté, quelle politesse innée, quel ardent patriotisme chez tous ces braves gens qui ne sont pas d'ici !"

 

Il faut dire que le gouvernement français a savamment orchestré l'événement, décrétant même un jour de congé scolaire la veille...

 

L'alliance franco-russe, consolidée par cette visite officielle, sort la France de l'isolement diplomatique dans lequel elle se trouvait depuis la défaite de 1870. En 1897, Félix Faure se rendra à Saint-Pétersbourg. Nicolas II reviendra à Paris en 1901.  

 

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